Hypothèses diagnostiques
Entité pathologique | Arguments en faveur |
Arguments en défaveur |
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1) Origine allergique
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- Prurit chronique - Race prédisposée - Age d’apparition des symptômes - Antécédents familiaux - Aspect et topographie lésionnels |
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Dermatite par hypersensibilité aux piqûres de puces | - Prurit - Absence de traitement antipuces régulier - Contact régulier avec des chats et des chiens non traités |
- Topographie des lésions |
Allergie alimentaire | - Age d’apparition des symptômes - Prurit chronique - Aspect et topographie lésionnels |
- Aucun trouble digestif rapporté |
2) Origine parasitaire |
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Démodécie | - Age d’apparition des lésions - Aspect lésionnel |
- Symétrie des lésions |
Pyodermite superficielle |
- Prurit - Aspect lésionnel |
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Dermatite à Malassezia | - Prurit intense - Aspect et topographie lésionnels |
- Odeur de rance absente |
Examens complémentaires
Examen réalisé | But |
Résultat |
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Raclages profonds |
Recherche de Demodex |
Négatif |
Calque (cou) et écouvillon auriculaire |
Recherche de complications infectieuses (bactéries, Malassezia) |
Présence de coques |
Conclusion : l’anamnèse et la présentation clinique chez ce chien font fortement suspecter une dermatite atopique, compliquée d’une pyodermite superficielle et d’une otite bactérienne. |
Traitement
Principe actif |
Nom déposé
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Posologie |
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Traitement et prévention de l’infestation par les puces de l’animal et des congénères
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Fipronil |
Frontline ® |
1 pipette tous les mois |
Traitement anti-infectieux
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Amoxicilline et acide clavulanique |
Synulox ® |
12,5 mg/kg q12h |
Shampooing antiseptique
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Chlorhexidine |
Pyoderm ® |
Shampooing deux fois par semaine |
Traitement de l’otite
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Douxo ® lotion micellaire |
Nettoyage des oreilles une fois par jour |
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Marbofloxcine, Clotrimazole, Dexaméthasone |
Aurizon ® |
Une fois par jour dans les deux oreilles |
Traitement du prurit : antihistaminique
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Oxatomide |
Tinset ® |
1mg/kg q12h |
Immunothérapie spécifique d’allergène (pollens) : à poursuivre pendant un an pour pouvoir évaluer l’efficacité
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Régime alimentaire d‘éviction : cheval, pommes de terre, huile de colza
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Suivi
......Les propriétaires notent une légère amélioration avec diminution du prurit, de l’érythème et repousse du poil. Le traitement est maintenu, en ajoutant un corticoïde local : hydrocortisone aceponate (Cortavance ®) à appliquer une fois par jour sur les zones atteintes à raison d’une pulvérisation par 10 cm sur 10, sans excéder 30% de la surface corporelle.
......Aucune évolution n’a été marquée malgré une bonne observance du traitement et une adaptation de celui-ci : changement d’antibiotique (céfalexine), changement d’antihistaminique (cétirizine), ration ménagère d’éviction. L’hypothèse d’une composante alimentaire a donc été exclue.
......Finalement, après six mois de traitement, les lésions se sont améliorées grâce au chagement d’environnement du chien, lorsqu’il n’a plus été en contact avec plusieurs chats, qui n’étaient en réalité pas bien traités contre les puces.
Discussion
Gestion de l’animal atopique
......La dermatite atopique est une maladie multi-factorielle faisant intervenir des facteurs intrinsèques (génétique, réponse immunitaire) et extrinsèques (aéroallergènes, trophoallergènes, bactéries, levures, puces…).
......La gestion de cette maladie impose donc en premier lieu un contrôle strict de ces facteurs extrinsèques par traitement antibiotique, antifongique, antipuces, et régime alimentaire adapté.
......Le prurit étant à l’origine des lésions cutanées, il est important de le gérer. Plusieurs catégories de molécules sont à disposition du praticien : corticoïdes, antihistaminiques, immunosuppresseurs (tacrolimus, ciclosporine, azathioprine). La ciclosporine apparaît intéressante et de plus en plus utilisée par les vétérinaires, une étude a montré qu’elle est aussi efficace que la prednisolone mais avec des effets secondaires plus limités à long terme (troubles digestifs essentiellement) [1]. L’azathioprine seule est à éviter, en raison de sa toxicité et d’une efficacité inférieure à celle de la ciclosporine ou des corticoïdes [2].
......Tous ces traitements ne sont que symptomatiques. L’immunothérapie spécifique d’allergènes est le seul traitement étiologique en cas de dermatite atopique. Elle est souvent utilisée en première intention à l’ENVA. Il faut avant tout déterminer à quel aéroallergène l’animal est sensible (Dermatophagoides farinae étant incriminé dans 70-80% des cas), soit par intradermoréaction, soit par dosage des IgE spécifiques d'aéroallergènes.
......Une étude sur 117 chiens atteints de dermatite atopique et suivis pendant quatre ans après la mise en place d’une immunothérapie a donné les résultats suivants : bonne à très bonne réponse 65%, réponse modérée 20%, faible réponse 15%. La majorité des chiens présentent une amélioration clinique au bout de 2 à 5 mois, mais il est important de préciser au propriétaire qu’une guérison complète est rare (10-20% après 9 à 18 mois). Si l’animal répond bien à l’immunothérapie, le traitement doit généralement être poursuivi à vie car des rechutes sont fréquentes lors d’arrêt. Il ressort également de cette étude que l’âge du chien lors de l’apparition des symptômes et la durée d’évolution avant la mise en place du traitement ne sont pas des facteurs pronostiques [3].
......Une étude récente a comparé l’efficacité de l’immunothérapie par injection d’extraits de Dermatophagoides farinae avec un placebo, et les résultats sont semblables avec les deux protocoles, ce qui montre que l’immunothérapie seule est insuffisante pour contrôler la maladie [4]. Cette étude souligne qu’il est indispensable de mettre en place un traitement symptomatique en parallèle d’une immunothérapie.
Bibliographie
[1] Steffan et al, A systematic review and meta-analysis of the efficacy and safety of cyclosporin for the treatment of atopic dermatitis in dogs, Veterinary Dermatology, 2006, 17: 3-16.
[2] Favrot C, Reichmuth P, Olivry T, Treatment of canine atopic dermatitis with azathioprine: a pilot study, The Veterinary Record, 2007, 160: 520-521.
[3] Schnabl et al, Results of allergen-specific immunotherapy in 117 dogs with atopic dermatitis, The Veterinary Record, January 21, 2006, 81-84.
[4] Willemse T et al, Dermatophagoides farinae-specific immunotherapy in atopic dogs with hypersensitivity to multiple allergens: a randomized, double blind, placebo-controlled study, The Veterinary Journal, 2009, 180: 337-342.
Juin 2009,
Cas vu en consultation de parasitologie-dermatologie à l'ENVA, rédigé par Léna Olen et Mylène Vigreux dans le cadre de la thèse dirigée par Dr G. Marignac et codirigée par Dr F. Bernex.
Examen clinique
......L’examen clinique général est normal. Le prurit est permanent. A l’examen dermatologique, on observe des lésions symétriques associant érythème, alopécie, lichénification et croûtes, avec une topographie particulière : face, cou, ars, ventre, membres, espaces inter-digités, région inguinale, face interne des cuisses. Les pavillons auriculaires sont érythémateux, avec quelques croûtes et le cérumen est important.
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......Bilan : chienne Bouledogue français de 5 ans présentant une dermatose primitivement prurigineuse, associant érythème, alopécie, croûtes et lichénification, symétrique, depuis l’âge de six mois, localisée d’abord à la face interne des cuisses et aux espaces inter-digités, puis étendue à la face, aux oreilles, au cou, aux ars, au ventre et aux membres.