Tessy, chienne Bouledogue français stérilisée âgée de 5 ans

Motif de consultation

Prurit depuis l’âge de six mois, ne répondant plus aux traitements (antibiotiques, antifongiques, corticoïdes)

Anamnèse et commémoratifs

  • Initialement prurit et érythème en face interne des cuisses et zones inter-digitées puis extension
  • Prurit incoercible
  • Biopsie il y a 4 ans : en faveur d’une hypersensibilité
  • Désensibilisation chez le vétérinaire traitant depuis 5 mois : pollens -> peu d’effets
  • Contact avec deux chiens et 12 chats, non traités contre les puces
  • Antécédents familiaux : mère atteinte mais de façon plus modérée

Hypothèses diagnostiques

Entité pathologique
Arguments en faveur

Arguments en défaveur

1) Origine allergique

 


Dermatite atopique


- Prurit chronique
- Race prédisposée
- Age d’apparition des symptômes
- Antécédents familiaux
- Aspect et topographie lésionnels
Dermatite par hypersensibilité aux piqûres de puces
- Prurit
- Absence de traitement antipuces régulier
- Contact régulier avec des chats et des chiens non traités
- Topographie des lésions
Allergie alimentaire
- Age d’apparition des symptômes
- Prurit chronique
- Aspect et topographie lésionnels
- Aucun trouble digestif rapporté

2) Origine parasitaire

Démodécie
- Age d’apparition des lésions
- Aspect lésionnel
- Symétrie des lésions

 

Pyodermite superficielle
- Prurit
- Aspect lésionnel
Dermatite à Malassezia
- Prurit intense
- Aspect et topographie lésionnels
- Odeur de rance absente

Examens complémentaires

Examen réalisé
But

Résultat

Raclages profonds
Recherche de Demodex
Négatif
Calque (cou) et écouvillon auriculaire
Recherche de complications infectieuses (bactéries, Malassezia)
Présence de coques

 

Conclusion : l’anamnèse et la présentation clinique chez ce chien font fortement suspecter une dermatite atopique, compliquée d’une pyodermite superficielle et d’une otite bactérienne.

 

Traitement

Principe actif
Nom déposé

Posologie

Traitement et prévention de l’infestation par les puces de l’animal et des congénères

 

Fipronil

Frontline ®
1 pipette tous les mois

Traitement anti-infectieux

 

Amoxicilline et acide clavulanique
Synulox ®
12,5 mg/kg q12h

Shampooing antiseptique

 

Chlorhexidine

Pyoderm ®
Shampooing deux fois par semaine

Traitement de l’otite

 

Douxo ® lotion micellaire

Nettoyage des oreilles une fois par jour
Marbofloxcine, Clotrimazole, Dexaméthasone
Aurizon ®
Une fois par jour dans les deux oreilles

Traitement du prurit : antihistaminique

 

Oxatomide

Tinset ®
1mg/kg q12h

Immunothérapie spécifique d’allergène (pollens) : à poursuivre pendant un an pour pouvoir évaluer l’efficacité

 

Régime alimentaire d‘éviction : cheval, pommes de terre, huile de colza

 

 

Suivi

......Les propriétaires notent une légère amélioration avec diminution du prurit, de l’érythème et repousse du poil. Le traitement est maintenu, en ajoutant un corticoïde local : hydrocortisone aceponate (Cortavance ®) à appliquer une fois par jour sur les zones atteintes à raison d’une pulvérisation par 10 cm sur 10, sans excéder 30% de la surface corporelle.

......Aucune évolution n’a été marquée malgré une bonne observance du traitement et une adaptation de celui-ci : changement d’antibiotique (céfalexine), changement d’antihistaminique (cétirizine), ration ménagère d’éviction. L’hypothèse d’une composante alimentaire a donc été exclue.

......Finalement, après six mois de traitement, les lésions se sont améliorées grâce au chagement d’environnement du chien, lorsqu’il n’a plus été en contact avec plusieurs chats, qui n’étaient en réalité pas bien traités contre les puces.

 

Discussion

Gestion de l’animal atopique


......La dermatite atopique est une maladie multi-factorielle faisant intervenir des facteurs intrinsèques (génétique, réponse immunitaire) et extrinsèques (aéroallergènes, trophoallergènes, bactéries, levures, puces…).

......La gestion de cette maladie impose donc en premier lieu un contrôle strict de ces facteurs extrinsèques par traitement antibiotique, antifongique, antipuces, et régime alimentaire adapté.


......Le prurit étant à l’origine des lésions cutanées, il est important de le gérer. Plusieurs catégories de molécules sont à disposition du praticien : corticoïdes, antihistaminiques, immunosuppresseurs (tacrolimus, ciclosporine, azathioprine). La ciclosporine apparaît intéressante et de plus en plus utilisée par les vétérinaires, une étude a montré qu’elle est aussi efficace que la prednisolone mais avec des effets secondaires plus limités à long terme (troubles digestifs essentiellement) [1]. L’azathioprine seule est à éviter, en raison de sa toxicité et d’une efficacité inférieure à celle de la ciclosporine ou des corticoïdes [2].


......Tous ces traitements ne sont que symptomatiques. L’immunothérapie spécifique d’allergènes est le seul traitement étiologique en cas de dermatite atopique. Elle est souvent utilisée en première intention à l’ENVA. Il faut avant tout déterminer à quel aéroallergène l’animal est sensible (Dermatophagoides farinae étant incriminé dans 70-80% des cas), soit par intradermoréaction, soit par dosage des IgE spécifiques d'aéroallergènes.

......Une étude sur 117 chiens atteints de dermatite atopique et suivis pendant quatre ans après la mise en place d’une immunothérapie a donné les résultats suivants : bonne à très bonne réponse 65%, réponse modérée 20%, faible réponse 15%. La majorité des chiens présentent une amélioration clinique au bout de 2 à 5 mois, mais il est important de préciser au propriétaire qu’une guérison complète est rare (10-20% après 9 à 18 mois). Si l’animal répond bien à l’immunothérapie, le traitement doit généralement être poursuivi à vie car des rechutes sont fréquentes lors d’arrêt. Il ressort également de cette étude que l’âge du chien lors de l’apparition des symptômes et la durée d’évolution avant la mise en place du traitement ne sont pas des facteurs pronostiques [3].
......Une étude récente a comparé l’efficacité de l’immunothérapie par injection d’extraits de Dermatophagoides farinae avec un placebo, et les résultats sont semblables avec les deux protocoles, ce qui montre que l’immunothérapie seule est insuffisante pour contrôler la maladie [4]. Cette étude souligne qu’il est indispensable de mettre en place un traitement symptomatique en parallèle d’une immunothérapie.

Bibliographie

[1] Steffan et al, A systematic review and meta-analysis of the efficacy and safety of cyclosporin for the treatment of atopic dermatitis in dogs, Veterinary Dermatology, 2006, 17: 3-16.
[2] Favrot C, Reichmuth P, Olivry T, Treatment of canine atopic dermatitis with azathioprine: a pilot study, The Veterinary Record, 2007, 160: 520-521.
[3] Schnabl et al, Results of allergen-specific immunotherapy in 117 dogs with atopic dermatitis, The Veterinary Record, January 21, 2006, 81-84.
[4] Willemse T et al, Dermatophagoides farinae-specific immunotherapy in atopic dogs with hypersensitivity to multiple allergens: a randomized, double blind, placebo-controlled study, The Veterinary Journal, 2009, 180: 337-342.

Juin 2009,

Cas vu en consultation de parasitologie-dermatologie à l'ENVA, rédigé par Léna Olen et Mylène Vigreux dans le cadre de la thèse dirigée par Dr G. Marignac et codirigée par Dr F. Bernex.

Retour au tableau de cas

Accès à la discussion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Examen clinique

......L’examen clinique général est normal. Le prurit est permanent. A l’examen dermatologique, on observe des lésions symétriques associant érythème, alopécie, lichénification et croûtes, avec une topographie particulière : face, cou, ars, ventre, membres, espaces inter-digités, région inguinale, face interne des cuisses. Les pavillons auriculaires sont érythémateux, avec quelques croûtes et le cérumen est important.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Face

 

Ars et cou

 

Région inguinale

 

Pli du coude

 

Extrémité des membres

 

......Bilan : chienne Bouledogue français de 5 ans présentant une dermatose primitivement prurigineuse, associant érythème, alopécie, croûtes et lichénification, symétrique, depuis l’âge de six mois, localisée d’abord à la face interne des cuisses et aux espaces inter-digités, puis étendue à la face, aux oreilles, au cou, aux ars, au ventre et aux membres.