Lychee, chienne Berger des Pyrénées stérilisée âgée de 12 ans

Motif de consultation

Apparition il y a un mois et demi de quelques nodules cutanés accompagnés secondairement d’un prurit, puis extension au corps entier

Anamnèse et commémoratifs

  • Chienne en bon état général
  • Appétit et prise de boisson normaux
  • Traitement antipuces régulier

Hypothèses diagnostiques

Entité pathologique
Arguments en faveur

Arguments en défaveur

1) Origine tumorale

 

Lymphome cutané T épithéliotrope (mycosis fungoïde)
- Animal âgé
- Aspect des lésions (nodules, squamosis)
- Prurit
- Evolution rapide

2) Origine parasitaire

 

Leishmaniose
- Aspect des lésions cutanées (alopécie, larges squames, nodules)
- Bon état général
- Absence de voyage en zone d’endémie

3) Origine endocrinienne

 


Hypothyroïdie
- Surpoids
- Alopécie et squamosis
- Pyodermite
- Animal un peu âgé
- Uniquement des signes cutanés
Syndrome de Cushing
- Animal âgé
- Alopécie diffuse, squamosis, comédons
- Pyodermite
- Comportement alimentaire et dipsique normal
- Uniquement des signes cutanés

 

Examens complémentaires

......Une biopsie en vue d’un examen histologique est réalisée en premier lieu : examen de choix pour diagnostiquer un lymphome cutané, qui reste ici la principale hypothèse. Elle révèle la présence d’une prolifération cellulaire tumorale infiltrant sévèrement l’épiderme, mal délimitée, et constituée de cellules rondes de taille moyenne, non jointives, au cytoplasme acidophile peu abondant.

 

Diagnostic : lymphome cutané T épithéliotrope

Traitement

Principe actif
Nom déposé
Posologie

Indications

Céfalexine
Rilexine ®
15 mg/kg q12h
Traitement de la folliculite bactérienne

 

......Un protocole de chimiothérapie a également été mis en place, par induction à la L-asparaginase (400 UI/kg) puis à la lomustine. L’animal a bien répondu à ce protocole à court terme (diminution du prurit et de l’érythème), mais nous ne disposons pas d’un suivi à plus long terme.

Discussion

Modalités thérapeutiques du lymphome cutané T-épithéliotrope

......Le lymphome cutané T-épithéliotrope représente environ 5% des lymphomes chez le chien. Les symptômes cutanés sont extrêmement variables et le choix du traitement doit prendre en compte l’importance de l’atteinte cutanée et la présence d’éventuels foyers tumoraux internes (nœuds lymphatiques, foie, rate).

......Pour les formes localisées, un tel traitement est envisageable. Une chirurgie est possible en cas de lésion délimitée et après réalisation d’examens complémentaires excluant une éventuelle dissémination, mais elle est souvent associée à une chimiothérapie. Les corticoïdes topiques sont fréquemment utilisés chez l’homme, et donnent de bons résultats. Leur emploi chez le chien est à l’heure actuelle peu étudié. La radiothérapie donne également de bons résultats sur les formes localisées, mais les rechutes sont fréquentes, elle reste encore peu employée chez le chien [1].

......Les rétinoïdes de synthèse, l’étretinate et l’isotretinoïne, utilisés en association, donnent d’assez bons résultats (42% de réponse au traitement) mais ils doivent être prescrits plusieurs semaines à mois avant d’observer une réponse clinique et leur coût n’est pas négligeable. Les corticoïdes à dose immunosuppressive (prednisolone 2mg/kg/jour) peuvent être employés seuls (réponse souvent de courte durée) ou en association dans un protocole de poly-chimiothérapie [1]. Le traitement majoritairement utilisé fait appel à la chimiothérapie, le lymphome étant souvent diagnostiqué à un stade avancé avec des lésions cutanées étendues et parfois une extension viscérale et lymphatique. La lomustine est souvent préconisée, et différentes études s’accordent sur un protocole : 60-70 mg/m2, trois fois à trois semaines d’intervalle. Près de 80% des animaux répondent à ce protocole, dont 20-30% totalement. La durée de la réponse varie de 86 à 106 jours. Les effets secondaires possibles sont une myélosuppression (neutropénie, thrombocytopénie) dans 25% des cas, une hépatotoxicité (42-86%), une toxicité digestive (22%) [2,3]. Elle constitue actuellement la molécule de choix pour le traitement du lymphome cutané. La L-asparaginase, est plutôt utilisée en association avec d’autres molécules (dont la lomustine), à la dose de 400 UI/kg (10000UI/m2), comme dans notre cas pour l’induction. Utilisée seule, son efficacité est limitée, la réponse étant partielle et souvent de courte durée. Son coût est par ailleurs élevé, mais elle présente l’avantage d’être bien tolérée et sans effet sur la moelle osseuse [1].

Bibliographie

[1] De Lorimier LP, Updates on the management of canine epitheliotropic cutaneous T-cell lymphoma, Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice, 2006, 36: 213-288.
[2] Williams et al, CCNU in the treatment of canine epitheliotropic lymphoma, Journal of Veterinary Internal Medicine, 2006, 20: 136-143.
[3] Risbon RE et al, Response of canine cutaneous epitheliotropic lymphoma to lomustine (CCNU): a retrospective study of 46 cases (1999-2004), Journal of Veterinary Internal Medicine, 2006, 20: 1389-1397.

Juin 2009,

Cas vu en consultation de parasitologie-dermatologie à l'ENVA, rédigé par Léna Olen et Mylène Vigreux dans le cadre de la thèse dirigée par Dr G. Marignac et codirigée par Dr F. Bernex.

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Examen clinique

......L’examen clinique général ne révèle pas d’anomalies, mis à part un surpoids. A l’examen dermatologique, nous observons des lésions généralisées, seule la tête est épargnée. Elles sont caractérisées par la présence d’une alopécie diffuse, d’un érythème, de multiples nodules bien délimités, de collerettes épidermiques, d’un squamosis important (squames de grande taille), de croûtes, et de quelques comédons et macules.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alopécie diffuse, érythème et squamosis

 

 

 

Collerette épidermique
 
Multiples nodules sur un des membres

......

......Bilan : chienne de 12 ans présentant une dermatose alopéciante, nodulaire et squameuse, secondairement prurigineuse, depuis un mois et demi, sans atteinte de l’état général.